Imre Kertesz : "L'histoire de mes morts" : Essai biographique

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Imre Kertesz : "L'histoire de mes morts" : Essai biographique Details

La première biographie du Prix Nobel de littérature de 2002, dont l'oeuvre complète est publiéechez Actes Sud.La naissance de l'écrivain Imre Kertész, la difficulté de devenir l'intellectuel et l'auteur qu'il souhaite être, la déportation qui le poursuit et ne le lâche jamais, son rapport à la Hongrie et à l'Allemagne, les doutes, la consécration - Clara Royer écrit une biographie de l'artiste Imre Kertész mais aussi de l'homme de son temps, du fils et de l'amant. Très complet, porté par une belle force narrative, cet essai empreint de respect ne verse jamais dans l'hagiographie. Fondée sur une vingtaine d'entretiens menés en hongrois par Clara Royer en 2013-2016, jusqu'au décès de l'écrivain, cette biographie utilise aussi des sources totalement inédites : Kertész a mis à disposition de l'auteur ses archives privées, et l'a autorisée à consulter ses archives à l'Académie des arts de Berlin.

Reviews

Certains auront noté son nom en tant que co-scénariste des deux films en date de Laszlo Nemes, Le Fils de Saul et Sunset ?? le deuxième largement aussi marquant que le premier, même si personne ou presque ne s??est déplacé pour le voir : la critique cinématographique, devenue en grande majorité démissionnaire, ayant été en l??espèce très peu incitative, cela n'a pas dû aider. Ils ne savent toutefois peut-être pas que Clara Royer est avant tout une universitaire, spécialiste notamment de la Hongrie et des lettres hongroises. On ne sera en tout cas pas surpris outre mesure d??apprendre qu??elle a signé la seule biographie substantielle d??Imre Kertész en français. Cet « essai biographique » nourri d'entretiens tardifs, publié en 2017 par Actes Sud et sous-titré « L??histoire de mes morts », est un ouvrage tout à fait essentiel sur l??auteur.A ceux qui ne seraient pas particulièrement férus de biographies, et qui en outre pourraient se dire que s??agissant d??un auteur qui s??est régulièrement penché sur sa propre vie dans son ?uvre il n??y a pas vraiment lieu de se plonger dans un ouvrage biographique, on ne peut qu??assurer que le travail exemplaire réalisé par Clara Royer est un apport certain, qui pour plus d??un lecteur ne manquera pas de s??avérer décisif. Certes, Kertész a lui-même beaucoup éclairé son ?uvre, mais on se doute aussi qu??en véritable écrivain il a multiplié les masques. On sait notamment que Dossier K., entretien au long cours revenant sur les différentes étapes de la vie et de la carrière de Kertész, a été largement remis en forme sinon quasi-intégralement rédigé par l??auteur, ce procédé artificiel n??empêchant évidemment aucunement la sincérité du propos ?? une sincérité toutefois relative et mise à distance, pour un jeu de reflets fascinant.On peut savoir gré à Clara Royer de faire en toute occasion la part des choses, de se pencher sur la vie et l???uvre de l??auteur en faisant le départ entre ce qu??il a pu écrire ou avancer dans tel ou tel contexte et ce qui est vérifiable. Mettant clairement ses diverses sources en avant, Clara Royer arrive à donner un grand sens de la perspective aux écrits, ainsi qu??aux contradictions, assumées ou non, de l??auteur et de l??homme Kertész.Toutes les étapes de la vie de l??auteur, et chacune des ?uvres, sont éclairées avec un sens de la mise en contexte remarquable. Il y a évidemment des éléments que l??on connaît, non seulement pour avoir lu des ?uvres de Kertész lui-même comme Le Refus, et bien sûr le Dossier K. et le Journal de galère, mais aussi des articles et entretiens donnant de tels éléments de contexte ; cependant, suivre pas à pas et de front la vie de l??auteur et l??évolution de la Hongrie, sa place dans les divers milieux dans lesquels il a été inscrit puis son changement de statut dans son pays, permettent de bien mieux embrasser l???uvre. Ceux qui ne connaîtraient qu??Etre sans destin et Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas, sans aucun doute les plus lus de ses livres, ne doivent bien entendu pas s??abstenir : parce que son approche est assez détaillée et exhaustive, parce qu??elle pose tout clairement (sans pour autant lasser à force de méticulosité), Clara Royer donne toutes les clés pour suivre le fil d??une vie et d??une ?uvre, donnant évidemment envie de considérer l???uvre comme un tout et surtout pas comme se résumant à deux ou trois titres, aussi cruciaux fussent-ils. Tous les livres de Kertész se répondent, et il fait partie de ces écrivains pour lesquels on a tout intérêt à couvrir le plus de terrain possible : un tel livre, tout en le couvrant en détail pour le lecteur, établit des liens qu??un lecteur intéressé ne pourra que vouloir revisiter par lui-même en (re)lisant le plus de textes possible.Clara Royer arrive également parfaitement à donner le sens des interventions faites par Kertész, relativement à sa propre production et sur la façon dont on le considérait lui et son ?uvre en Hongrie comme à l??étranger, évidemment également sur la façon dont il envisageait l??extermination des Juifs d??Europe (et son traitement historique, sa récupération éventuelle, etc) ; toutes ses prises de position dans le débat public sont examinées avec équanimité.On se doute que les périodes les plus cruciales de sa vie, à commencer par l??expérience du camp, sont développées comme il se doit, mais il faut ajouter que les autres ne sont pas sous-traitées : on n??ignorera ainsi rien de ses premiers écrits (Moi le bourreau), de leur contenu et de la raison du point de vue qu??il y avait adopté, mais aussi du Kertész auteur de comédies musicales. Des passages sont en outre consacrés aux lectures qui l??ont nourri en tant qu??homme et auteur, à son rapport à sa judéité ou à l??Allemagne, à la maladie de Parkinson dont il souffrait à la fin de sa vie, mais aussi au fait qu??il a lui-même adapté Etre sans destin pour le cinéma ?? le film ayant été très peu vu, on a tendance à l??oublier, mais au-delà de la réussite relative avec laquelle il a été porté à l??écran par Lajos Koltai, le scénario rédigé par Kertész et publié en France par Actes Sud vaut qu??on le lise, du moment qu??on a déjà lu le roman bien entendu (cf. également l??entretien avec Michel Ciment reproduit dans Une Vie de cinéma chez Gallimard).Comme toujours, rien ne remplacera la lecture des écrits de l??auteur. Cependant, dans ce cas comme dans quelques autres, une telle biographie servira de guide idéal pour le (re)lire au plus près. On y apprend beaucoup, et ce que l??on connaît déjà y est très bien présenté. Bien construit, rédigé dans une langue précise mais assez fluide, renseigné à tous les tournants, l??ouvrage de Clara Royer me semble accompagner aussi bien qu??il est possible une ?uvre qu??il s??agit de ne pas délaisser tant elle reste immense dans le paysage des lettres mondiales des dernières décennies, tant sa singularité, son intensité et sa lucidité demeurent grandes.NB Le titre donné à ce commentaire, au-delà de la référence au roman de Camus qui a tant influencé Kertész, rend compte d'un aspect que je n'ai fait qu'effleurer ci-dessus mais qui est essentiel le concernant : étranger aux systèmes, aux différents milieux, à son époque, et plus largement au monde, Kertész aura fait partie des écrivains en exil même quand il semblait ne pas l'être.

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